20
Aug
2013

l'affiche du film

Alors là, je n'ai pas compris. Plusieurs amis m'ont conseillé d'aller voir ce film, je suis donc allé au cinéma pensant passer un bon moment. Je ne connaissais absolument rien à l'histoire, n'ayant vu ni la bande-annonce ni même une liste des acteurs, au point que quand les lumières se sont rallumées, je me suis demandé si je ne m'étais pas trompé de film.

Je vais éviter de trop raconter de l'histoire pour le moment, je vais mettre un avertissement au moment où je commencerais les spoilers.

Le film est visuellement très abouti, on en prend plein les yeux. Plein de quoi, je ne sais pas, mais plein en tous cas. Insaisissables raconte l'histoire de quatre magiciens, qui se mettent à commettre des vols pendant leurs spectacles. J'ai tout de suite bien aimé le concept, cette idée que la police ne pourrait pas les arrêter, car elle devrait annoncer que la magie existe, ou trouver le truc. Malheureusement, après ce départ intéressant, le film part en sucette.

Au début, on ne sait pas si le film comporte une part de fantasy, et utilise de la "vraie magie", mais le premier numéro des magiciens est dévoilé, on établi donc qu'ils utilisent des "trucs". Ensuite, plus rien n'est expliqué, ce qui est vraiment facile de la part des scénaristes. Comment ils font ça ? Magie ! Mais, ce type n'a pas vu ceci ? Magie ! Comment ils ont volé cela ? Magie ! Tel personnage les a aidé ? Hypnose ! D'ailleurs, l'hypnotiseur mentaliste de l'équipe est si puissant, qu'on se demande pourquoi il n'est pas maitre du monde. Il peut faire faire ce qu'il veut à qui il veut, comme endormir un conducteur de fourgon blindé, à distance, ou effacer la mémoire des gens.

L'histoire est remplie de retournements de situation, comme de grands classiques du septième art tels que Wild Things (1998). Bien qu'il soit amusant pour le spectateur de découvrir que tel personnage était en fait ceci ou cela, quand ça arrive toutes les 10 minutes l'histoire devient une ratatouille indigeste, et chaque retournement multiplie les erreurs de scénario. Pour un film qui fait déjà dans le deus ex machina magique, ça commence à faire beaucoup.

Ils ont fait disparaitre le scénario.
image tirée du film

Le film fait également la part belle aux arguments bateau en faveur du mystérieux, de l'invisible, comme si déclarer que "il y a des choses qu'on ne comprend pas" était ne serait-ce qu'un début de preuve en faveur de la magie, des fantômes ou je ne sais quoi. Mais ça, c'est quelque chose qui m'irrite, pas une faute de scénario.

Les acteurs jouent très bien en tous cas, même si j'ai trouvé que Jesse Eisenberg faisait le même personnage que dans The Social Network.

La fine équipe
image du film

Attention, la suite de ce billet dévoile tout ou partie de l'intrigue.

Les quatre magiciens faisaient ça pour pouvoir rejoindre un ordre secret, l'œil. Mais à la fin, on découvre que celui qui a tout manigancé était l'agent du FBI en charge de les poursuivre, qui est en fait le fils d'un magicien qui voulait se venger. On a donc deux explications à la fois : L'agent du FBI fait partie de l'œil ? Il en est à la tête, ou juste en charge du recrutement ? Qui sait.

Le FBI passe dans ce film pour une équipe de benêts, on se demande si le réalisateur a des comptes à régler avec eux. L'un d'entre eux ne se rend pas compte qu'un mouchard a été mis sur son portable, l'équipe de surveillance du second spectacle part à la poursuite des magiciens en ne laissant personne dans le camion, ils utilisent, et prennent pour argent comptant, le signal de géolocalisation des magiciens, qui vient des magiciens eux-mêmes. Bien sur, faisons confiance à ce que donne l'adversaire, surtout quand il est établi et attendu que les quatre utilisent des techniques de diversion et de manipulation.

Le film multiplie les grosses ficelles scénaristiques et les clichés. On y retrouve quelques habitudes des séries télés, comme le fait de remettre à l'image ce qu'on explique et qui s'est passé plus tôt, ce qui est plutôt adapté à un public télé, qui zappe et prend les choses en cours. Quand le FBI quitte le camion de surveillance, on a droit à un plan sur la serrure, une façon discrète de dire REGARDEZ ILS ONT FERMÉ LA PORTE C'EST IMPORTANT POUR LA SUITE.

Niveau clichés, ont est servis. Sortez votre carte de bingo, vous allez faire une ligne. L'enquêteur de FBI ne veut pas s'occuper de l'affaire – on le force a être accompagné d'une autre personne en qui il n'a pas confiance – lui et cette enquêtrice s'embrassent à la fin (ce qui tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe) – une voiture qui se retourne explose, le héros qui essayait d'extraire le conducteur s'échappe juste à temps – les magiciens se battent comme s’ils étaient dans Matrix, et pourquoi ? va savoir.

L'actrice principale est rousse, c'est déjà ça.
image tirée du film

Aucune des explications données pour les tours de passe-passe, ou pour les retournements de situation, ne tient la route très longtemps. Lorsqu'un des quatre se tue en voiture, après une course poursuite, on apprend en fait que :

  1. Il n'était pas dans la voiture qui a brulé, c'était un cadavre volé à la morgue. (ah ? ils l'avaient stocké où en attendant qu'on les trouve à New York ?)
  2. Les trois autres avaient une voiture identique avec le cadavre. Une voiture identique à celle que le type a volée au FBI, donc. Ils savaient qu'il prendrait une voiture de ce modèle ?
  3. Dans un flashback on nous montre que l'un des compères était au volant d'un bus de la ville (volé ?), en uniforme même. Quand est-ce qu'ils sont allés chercher le bus, et allés se mettre sur le pont ou la course poursuite se termine, ils se sont enfuis du même appartement quelques minutes plus tôt !
    mise à jour : Je me trompe peut être ici. Est-ce qu'ils ont quitté l'appart quand le mouchard a été trouvé sur le téléphone ? 
  4. On nous montre qu'ils ont inversé les voitures, la fausse était attachée à l'avant du bus.

On est donc en train de nous dire qu'ils avaient une voiture accrochée à un bus, avec un cadavre au volant, et que personne n'a rien vu. Dans un trafic assez dense, en plein jour, avec un hélicoptère de la télé locale qui filme toute la scène, ce sur quoi le film insiste bien.

Du coup, je reviens à ce que je disais au début du billet : je ne comprends pas. Il ne peut pas y avoir des trous si gros dans l'histoire, j'ai dû manquer un truc !

Je pense que l'intérêt d'un film de cambriolage, genre Ocean's 11, est de comprendre le truc, la technique employée par les voleurs. Ce n'est pas le genre de film le plus simple à écrire, puisqu’il n'est que question d'astuces, de trucs, de manipulation et de retournements de situations. Ici, tout est dans l'excès et dans la facilité, tout est expliqué par un "magie!". Ils auraient dû aller complètement dans la direction de la "vraie magie", avec des formules et des sorts, ça aurait été plus crédible.

Pour toutes ces raisons, j'attribue a ce film la note de :

1 magicien sur 5
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Manu