Toulouse fête les 800 ans du siège de la ville

. lecture : 4 minutes

Aujourd’hui, Toulouse fête les 800 ans (!) de la fin du siège de la ville par Simon de Montfort.

Pour comprendre pourquoi en juin 1218 une armée de croisés assiège la ville, il faut revenir quelques années en arrière, à l’époque de la quatrième croisade.

La quatrième croisade

Ordonnée par le pape Innocent III, la 4e croisade est celle qui est complètement partie en sucette (c’est le terme scientifique).

En route pour la « terre sainte », les croisés sont bloqués à Venise, car ils n’ont pas de quoi payer leur passage par la mer. Le Doge leur propose alors de réduire leur dette s’ils attaquent la ville de Zara du Royaume de Hongrie (aujourd’hui Zadar en Croatie).

Les croisés vont donc capturer et mettre à sac une ville catholique, un détour qui leur valut d’être excommuniés ainsi que les Vénitiens. Quelques mois plus tard, le pape jugera que les croisés étaient sous la contrainte des Vénitiens et leur donne l’absolution.

C’est alors que Alexis IV Ange, empereur byzantin en fuite après l’usurpation du trône par son oncle, leur propose de payer intégralement leur dette auprès des Vénitiens s’ils l’aident à reprendre Constantinople. La croisade se met donc en route pour attaquer une autre ville chrétienne, cette fois orthodoxe.

Les croisés parviennent à capturer Constantinople, mais l’usurpateur parvient à s’enfuir avec une grande partie du trésor de la ville. Alexis IV ne peut alors pas payer les croisés, et finit par se faire assassiner par l’un de ses courtisans qui prend le pouvoir à sa place. Ce dernier prend le nom d’Alexis V et refuse de payer les croisés.

Que va faire l’armée du pape ? Elle ne va tout de même pas piller la plus grande ville de la chrétienneté orthodoxe ? Si, si. Les croisés mettent à sac Constantinople, et se partagent les terres byzantines avec Venise.

Image tirée de Crash Course sur Youtube :
Crash Course World History #15: The Crusades - Pilgrimage or Holy War? (en anglais)
animation “epic fail” des croisés, tirée d'un épisode de Crash Course

Ce fiasco signale la fin des croisades en tant que « reconquête de la terre sainte », qui deviennent « lutte contre les ennemis de la papauté ».

Simon de Montfort

Simon de Montfort faisait partie de la 4e croisade, mais a refusé de participer au sac de Zara et quand on les recrute pour s’attaquer à Constantinople, Simon ainsi que tout le contingent d’Île-de-France refuse et quitte l’armée des croisés.

Quelques années plus tard, le pape Inoncent III proclame la croisade des albigeois contre les hérétiques (principalement cathares) du sud de la France et accorde aux combattants les mêmes indulgences et faveurs qu’à ceux qui combattaient en Terre sainte.

Simon de Montfort prend la tête de la croisade et se retrouve en 1217 devant les murs de Toulouse[1].

Fin du siège de Toulouse

Le 25 juin 1218 (nous y voilà !) les Toulousain·es font une sortie pour s’attaquer à un engin de siège. Simon de Montfort rejoint le champ de bataille et c’est à ce moment qu’il est tué sur le coup par une pierre, lancée par un trébuchet actionné par des femmes et des jeunes filles.

Le moment est illustré par cette superbe gravure de Paul Pujol dans « Histoire populaire de Toulouse depuis les origines jusqu’á ce jour » (1898) :

« Assaut de Simon de Montfort », gravure de Paul Pujol

Le recit de sa mort est assez… imagé.

« Histoire populaire de Toulouse depuis les origines jusqu’á ce jour » (1898), page 95.
Extrait de « Histoire populaire de Toulouse depuis les origines jusqu'á ce jour » (1898) : « Tandis que Guy parle et gémit, il y a dans la Ville une pierrière que fit un charpentier ; la pierre est lancée du haut de Saint Sernin, et c'étaient des dames, des femmes mariées, des jeunes filles qui servaient l'engin. Et la pierre vint tout droit là où il fallait, et frappa si juste le comte sur le heaume d'acier qu'elle lui mit en morceaux les yeux , la cervelle, les dents, le front, la mâchoire ; et le comte tomba à terre mort, sanglant et noir. »

Aujourd'hui

Aujourd'hui dans Toulouse, toutes les cloches de la ville vont sonner à midi pour célébrer l'anniversaire de cet événement, que l’historien Georges Labouysse décrit ainsi dans un récent article d'actuToulouse :

Alors une immense clameur de joie envahit toute la ville : lo lop es mòrt ! Les cloches sonnent à toute volée; cors et trompettes, tambours et timbales rythment les chants d’allégresse qui résonnent de tous côtés. Toulouse est libérée !

La mairie organise également une série d'événements programmés de juin à décembre 2018 (programme disponible sur toulouse.fr) qui mettent à l'honneur la culture occitane.

Pour d’autres, cet anniversaire est l’occasion de continuer la résistance :

Affiche de l'ODPO vue à Toulouse le 20 juin 2018.
Affiche de l'ODPO (organisation démocratique du peuple occitan), vue à Toulouse le 20 juin 2018.

Notes


  1. C'est un peu plus compliqué que ça, mais j'ai déjà passé beaucoup de temps à décrire la 4e croisade. Je vous invite à lire la page Wikipédia Siège de Toulouse (1218). ↩︎